Day: 31 juillet 2026

Mieux comprendre pour mieux protéger : silence, traumatisme et prévention

L’été, avec ses vacances, ses camps et ses moments partagés, peut aussi être l’occasion d’ouvrir le dialogue et de rappeler certains repères essentiels pour mieux protéger les enfants. Cette protection commence notamment par une meilleure compréhension des mécanismes qui entourent les abus sexuels. Lorsqu’une personne révèle ce qu’elle a vécu, une question revient encore trop souvent : « Pourquoi n’a-t-elle rien dit avant ? » Pourtant, le silence ne remet jamais en question la réalité des faits. La honte, la peur de ne pas être cru·e, la culpabilité, la confusion ou les mécanismes de protection liés au traumatisme peuvent rendre la parole extrêmement difficile. Lorsque l’auteur est une personne connue, comme c’est le cas dans la majorité des situations, la peur des conséquences, un sentiment de loyauté ou la crainte de boulverser l’équilibre familial peuvent également empêcher la révélation. 

Certaines personnes parlent rapidement, tandis que d’autres ont besoin de plusieurs mois, années, voir décennies avant de pouvoir mettre des mots sur leur vécu. Chez l’enfant, cette difficulté peut aussi s’expliquer par le fait qu’il ne comprend pas nécessairement ce qui lui arrive, qu’il ne dispose pas des mots pour le raconter ou qu’il se trouve sous l’emprise de l’auteur. Lorsqu’un abus survient durant l’enfance, à une période ou se construisent le sentiment de sécurité, les relations de confiance, l’identité et l’estime de soi, le système nerveux cherche avant tout à protéger l’enfant. Il peut alors rester en état d’alerte, mais aussi se figer, se mettre en retrait ou se déconnecter de ses émotions et de son environnement. 

Ces réactions automatiques de protection peuvent s’accompagner de cauchemars, de changements de comportement, de difficultés scolaires, de colères, d’anxiété ou d’un repli sur soi. Certaines conséquences peuvent également apparaître plusieurs années plus tard, notamment sous la forme de difficultés relationnelles, de souvenirs intrusifs, d’anxiété, de dépression ou de troubles de santé persistants. Chaque enfant réagit cependant différemment et le traumatisme n’est pas une fatalité : lorsqu’il bénéficie d’un environnement sécurisant ou d’un accompagnement spécialisé, son système nerveux peut progressivement retrouver un sentiment de sécurité et son développement poursuivre son cours. 

Créer cet environnement sécurisant passe aussi par la prévention au quotidien. A l’approche d’un camp ou d’une colonie de vacances, il est par exemple important d’ouvrir le dialogue avec son enfant, de s’informer sur les mesures mises en place par la structure et de lui rappeler qu’il peut toujours parler à un adulte de confiance. Au retour, rester attentif à d’éventuels changements de comportement permet également de repérer une difficulté. La prévention ne consiste pas à faire peur aux enfants, mais à leur transmettre progressivement des repères adaptés à leur âge. Dans une nouvelle capsule de notre série « Dans les coulisses d’ESPAS », Marco Tubersoso, psychologue et responsable prévention, formation et conseil, présente les réflèxes essentiels à adopter avant un départ en camp : découvrir la vidéo

Parmi ces repères figure également la compréhension des comportements sexuels entre enfants. Durant leur développement, les enfants peuvent manifester de la curiosité pour leur corps ou celui des autres. Certains comportements s’inscrivent dans cette exploration, tandis que d’autres deviennent préoccupants lorsqu’ils impliquent notamment de la contrainte, de la détresse, un écart d’âge de trois ans ou plus, une différence importante de maturité ou de développement, ou encore des gestes inadaptés à leur âge. Chez les enfants de moins de 10 ans le terme « comportement sexuel problématique » est privilégié lorsque les gestes ne relèvent pas de la découverte du corps et du développement de l’enfant. Cette formulation permet de nommer les comportement sans enfermer l’enfant dans une identité d’« auteur·e »

Face à une telle situation, il est essentiel de ne ni banaliser ni dramatiser. Les gestes doivent être interrompus calmement, la sécurité des enfants assurée et chacun·e doit pouvoir être écouté·e séparement, sans jugement ni questions suggestives. L’enfant envers qui les gestes ont été posés doit être protégé et accompagné, tandis que celui ou celle qui les a posés a également besoin de limites claires et d’une aide adaptée. Plus largement, lorsqu’une personne, enfant ou adulte, parle d’un abus, notre rôle est de l’écouter sans jugement, de croire sa parole, de la remercier pour sa confiance et de rechercher un soutien spécialisé lorsque cela est nécessaire. Derrière chaque révélation, il y a un immense courage. 

ESPAS reste à disposition pour vous conseiller et vous orienter en cas de doute ou de question.