Prévenir les abus sexuels, respecter les limites et accompagner : une responsabilité collective

La prévention des abus sexuels recouvre de nombreuses réalités. Certaines situations peuvent se dérouler en ligne, d’autres dans des espaces de rencontre ou de fête. Certaines concernent des enfants ou des adolescent·e·s, d’autres des adultes. Et lorsque les abus ont eu lieu, leurs conséquences peuvent continuer à se manifester longtemps après les faits.

Derrière cette diversité de situations se retrouvent pourtant des enjeux communs : reconnaître et respecter les limites de chacun·e, mieux comprendre le consentement, repérer les situations préoccupantes et savoir comment réagir lorsqu’une personne se confie.

Prévenir, c’est aussi contribuer à créer un environnement dans lequel la parole peut être accueillie et les personnes concernées accompagnées.

Le grooming : quand une relation de confiance devient un moyen de manipulation

Le grooming, aussi appelé pédopiégage, désigne le fait d’entrer en contact avec un·e mineur·e et de construire une relation avec lui ou elle à des fins sexuelles.

Il peut avoir lieu en ligne, notamment sur les réseaux sociaux, les messageries, les jeux vidéos, les forums ou les plateformes de streaming, mais également hors ligne.

La personne peut utiliser sa véritable identité ou se faire passer pour quelqu’un d’autre. Elle peut commencer par s’intéresser aux passions du ou de la jeune, lui accorder beaucoup d’attention, lui faire des compliments ou se présenter comme une personne de confiance. Elle peut ensuite chercher à rendre la relation plus exclusive, demander que certains échanges restent secrets ou introduire progressivement des sujets intimes et sexuels.

Le grooming ne suit cependant pas toujours un processus lent et linéaire. Certaines personnes passent rapidement à des questions sexuelles, à l’envoi de contenus explicites, à des demandes de photos ou de vidéos ou encore à une proposition de rencontre.

Et une rencontre physique n’est pas nécessaire pour que la situation soit préoccupante. Des échanges sexuels en ligne, des demandes d’images intimes, des appels en visioconférence ou des menaces de diffusion peuvent déjà porter atteinte à l’intégrité psychique et sexuelle du ou de la jeune.

Face à ces situations, un principe est fondamental : la responsabilité ne repose jamais sur le ou la mineur·e.

Avoir répondu, accordé sa confiance, envoyé une image ou accepté un rendez-vous ne rend jamais le ou la jeune responsable de ce qu’il ou elle subit. Lorsqu’un·e jeune se confie, l’attitude de son entourage compte : écouter sans juger, croire sa parole, éviter les reproches et l’accompagner dans les démarches nécessaires peuvent être déterminants.

Le consentement reste essentiel dans tous les contextes

Les questions de limites et de consentement dépassent les espaces numériques. Elles concernent toutes nos interactions, notamment les contextes de fête, de rencontre et de séduction.

Une soirée, un festival ou une fête devraient pouvoir rester des espaces de plaisir et de partage. Pourtant, des comportements déplacés, du harcèlement ou des abus sexuels peuvent également y survenir.

L’ambiance, l’alcool ou la consommation d’autres substances peuvent parfois rendre certaines situations plus difficiles à décrypter. Les principes du consentement, eux, ne changent pas.

Consentir signifie donner librement son accord. Cet accord doit pouvoir être exprimé sans pression ni instance et peut être retiré à tout moment.

Accepter de danser avec quelqu’un ne signifie pas accepter d’être touché·e. Accepter un baiser ne signifie pas consentir à davantage. Avoir déjà eu une relation sexuelle avec une personne ne vaut pas consentement pour une nouvelle relation. Une tenue, une attitude séductrice ou le fait d’avoir consommé de l’alcool ne constituent pas non plus un consentement.

Lorsqu’une personne dort, est inconscient ou n’est plus en état d’exprimer librement son accord, on ne suppose pas son consentement : on s’arrête.

La prévention passe donc aussi par des comportements qui peuvent sembler simples : demander, écouter, respecter un refus ou une hésitation, ne pas insister et rester attentif·ve aux personnes qui nous entourent.

Lorsque les limites ont été franchies

Parler de prévention est indispensable. Mais prévenir les abus sexuels implique également de reconnaître leurs conséquences et d’accompagner les personnes lorsqu’elles ont eu lieu.

Vivre une agression sexuelle ou avoir été confronté·e à des abus sexuels répétés peut profondément affecter l’estime de soi, le rapport au corps, les émotions, les relations aux autres ou encore le sentiment de sécurité.

La honte, la culpabilité, la peur, le sentiment de vulnérabilité ou les difficultés à poser ses limites peuvent notamment persister après les faits.

Ces conséquences sont liées au traumatisme, mais elles ne définissent pas la personne.

Avec le temps et un accompagnement adapté, il est possible d’avancer et d’intégrer progressivement le traumatisme afin qu’il ne prenne plus toute la place. Cela peut passer par différentes expériences : retrouver des espaces dans lesquels on se sent en sécurité, créer des liens de confiance, apprendre à écouter ses besoins et ses émotions, retrouver ses propres repères ou encore se réapproprier ses limites.

Pour certaines personnes, un accompagnement thérapeutique spécialisé peut également constituer une ressource importante.

Il n’existe cependant ni délai, ni parcours idéal. Chaque personne avance différemment, selon son histoire, ses besoins et ses ressources. L’objectif n’est pas d’effacer ce qu’il s’est passé, mais de permettre progressivement au traumatisme de prendre moins de place dans la vie de la personne.

Prévenir et accompagner : une responsabilité qui nous concerne collectivement

Ces différentes situations rappelent que la lutte contre les abus sexuels ne peut pas reposer uniquement sur les personnes qui y sont confrontées.

Elle implique de développer une culture commune du consentement, d’apprendre à reconnaître les comportements préoccupants, de savoir accueillir une parole lorsqu’elle émerge et de permettre aux personnes concernées d’accéder à un accompagnement adapté.

Dans cette perspective qu’ESPAS agit à plusieurs niveaux : accompagnement thérapeutique spécialisé des enfants, adolescent·e·s et adultes confronté·e·s aux abus sexuels et de leurs proches, prévention, sensibilisation, formation et conseil.

Cette mission repose également sur un engagement collectif.

Devenir membre d’ESPAS, c’est contribuer à la pérennité de ces actions, mais aussi affirmer que la prévention des abus sexuels et le soutien aux personnes concernées sont l’affaire de toutes et tous.

Prévenir, écouter, respecter les limites, accompagner et ne pas détourner le regard : chacun·e peut, à son niveau, contribuer à créer des environnements plus protecteurs.

Vous souhaitez soutenir cette mission ? En devenant membre d’ESPAS, vous contribuez concrètement à la poursuite de nos actions et rejoignez un engagement collectif en faveur de la prévention des abus sexuels et du soutien aux personnes concernées.

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